Une professeure de piano murée dans sa rigueur, une postière au sourire inquiétant, une tante aigrie qui se métamorphose le temps d'une chanson, une femme d'affaires qui refuse d'être victime : Isabelle Huppert compose depuis cinquante ans les personnages les plus énigmatiques du cinéma français. L'actrice n'est l'égérie d'aucune maison citée ici : c'est son mystère, précis et brûlant sous la glace, qui a librement inspiré cette sélection de la parfumerie Olara, autour de Féminité du bois et de la collection Serge Lutens.
1« La Pianiste » : Erika, la rigueur incandescente
En 2001, Michael Haneke adapte Elfriede Jelinek et signe l'un des portraits les plus troublants du cinéma : dans « La Pianiste », Isabelle Huppert joue Erika Kohut, professeure de piano au Conservatoire de Vienne, prêtresse de Schubert le jour, murée dans l'appartement qu'elle partage avec sa mère et dévorée par des désirs tenus secrets — face au jeune Walter de Benoît Magimel. Le Festival de Cannes s'incline : Grand Prix pour le film, prix d'interprétation pour elle comme pour son partenaire. Tout y est tenu, exact, vibrant sous la surface — précisément la matière de notre parfum du jour : le bois, celui dont on fait les instruments, poli jusqu'à la brillance. On y revient plus bas.
2« La Cérémonie » : Jeanne, l'inquiétude au quotidien
Six ans plus tôt, Claude Chabrol lui offrait son double le plus inquiétant : dans « La Cérémonie » (1995), d'après Ruth Rendell, Isabelle Huppert joue Jeanne, postière rieuse d'un bourg breton qui prend sous son aile la domestique Sophie, incarnée par Sandrine Bonnaire — jusqu'à l'irréparable. Le duo vaut à l'actrice le César de la meilleure actrice et, à la Mostra de Venise, une Coupe Volpi partagée avec sa partenaire. Cette inquiétude à visage ordinaire a ses flacons chez Serge Lutens : l'encens drapé de Serge Noire, ou De Profundis, méditation au chrysanthème — de circonstance à la veille de la Toussaint.
3« 8 Femmes » : Augustine, la métamorphose en chanson
En 2002, François Ozon l'embarque dans un huis clos chantant : dans « 8 Femmes », Isabelle Huppert joue Augustine, la tante acariâtre à chignon serré et lunettes sévères, qui cache des romans sentimentaux sous son matelas et se transfigure le temps d'un « Message personnel ». Autour d'elle, Catherine Deneuve, Fanny Ardant, Emmanuelle Béart, Danielle Darrieux : la Berlinale 2002 décerne aux huit interprètes un Ours d'argent collectif pour leur contribution artistique. Un bouquet de roses à épines, littéralement — chez Serge Lutens, c'est La Fille de Berlin, la rose poivrée dont nous racontons le caractère dans nos portraits de Léa Seydoux et d'Elle Fanning. Clin d'œil du calendrier : une fille de Berlin récompensée… à Berlin.
4« Elle » : Michèle, le contrôle absolu
En 2016, Paul Verhoeven lui taille un rôle que Hollywood n'aurait jamais osé : dans « Elle », Isabelle Huppert joue Michèle Leblanc, patronne d'un studio de jeux vidéo agressée chez elle, qui refuse la posture de victime et mène le jeu — tous les jeux — avec un sang-froid vertigineux. La performance lui vaut le Golden Globe de la meilleure actrice dans un drame, un second César et une nomination à l'Oscar de la meilleure actrice. Ce contrôle souverain et ambigu a ses équivalents olfactifs dans les registres sombres de la maison : Cuir Mauresque, cuir adouci de fleur d'oranger, et Bornéo 1834, patchouli frotté de cacao — deux parfums qui avancent masqués.
5Féminité du bois : le cèdre mythique de 1992
En 1992, sous la direction artistique de Serge Lutens — alors créateur d'images de la maison japonaise Shiseido —, les parfumeurs Christopher Sheldrake, qui signera ensuite l'essentiel du catalogue Lutens, et Pierre Bourdon, à qui l'on doit aussi Cool Water de Davidoff, composent un manifeste : Féminité du bois, un « féminin » entièrement construit sur le cèdre de l'Atlas, celui des ébénistes de Marrakech chers à Lutens. L'inversion des codes fait date : au lieu de poser des fleurs sur un fond discret, le bois devient le cœur battant du parfum, habillé de fruits mûrs et d'épices. La cannelle ouvre le bal ; la prune, la pêche, la fleur d'oranger et la violette donnent au cèdre son velours fruité ; le santal, la vanille et le benjoin l'enveloppent jusqu'au soir. En 2009, le mythe rejoint officiellement la collection Serge Lutens, où il règne toujours — sombre, net, insaisissable : un parfum à la Huppert.
Le saviez-vous ?
Rarissime grand chelem : Isabelle Huppert a été sacrée deux fois à Cannes (« Violette Nozière » en 1978, « La Pianiste » en 2001) et deux fois à Venise (« Une affaire de femmes » en 1988, « La Cérémonie » en 1995) — avant que la Berlinale ne lui remette, en 2022, un Ours d'or d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. Les trois grands festivals européens au palmarès d'une seule actrice.
6Du cèdre à l'ambre : la sélection Olara
La sélection suit les registres de l'actrice. Féminité du bois reste la signature : le cèdre fruité des grandes énigmatiques, qui se porte — comme souvent chez Serge Lutens — bien au-delà du genre que son nom annonce. Santal Majuscule le prolonge côté crème : un santal enveloppant adouci de rose, l'écharpe en cachemire de la collection. Chergui, nommé d'après le vent brûlant du désert marocain, souffle le foin, le miel et le tabac blond — l'automne fait parfum. Bornéo 1834 assombrit le propos d'un patchouli au cacao, et Cuir Mauresque avance ses cuirs à la fleur d'oranger. Les amateurs d'ambre retrouveront Ambre Sultan dans notre portrait de Javier Bardem, et la fleur d'oranger solaire dans celui de Florence Pugh. L'ensemble vous attend dans la collection Serge Lutens de la parfumerie Olara, parmi nos parfums pour femme et nos parfums mixtes.
On répond à vos questions
Isabelle Huppert est-elle l'égérie de Serge Lutens ?
Non. Il n'existe aucun partenariat entre l'actrice et la maison : cette sélection est une inspiration éditoriale de la parfumerie Olara, librement composée autour de ses rôles. Isabelle Huppert ne prête son image à aucun des parfums cités ici.
Dans quels films joue Isabelle Huppert ?
Elle joue notamment Erika Kohut dans « La Pianiste » de Michael Haneke (prix d'interprétation à Cannes 2001), Jeanne dans « La Cérémonie » de Claude Chabrol (César de la meilleure actrice, Coupe Volpi partagée avec Sandrine Bonnaire), Augustine dans « 8 Femmes » de François Ozon (Ours d'argent collectif à la Berlinale 2002) et Michèle dans « Elle » de Paul Verhoeven (Golden Globe, César et nomination à l'Oscar).
Ça sent quoi, Féminité du bois de Serge Lutens ?
Un boisé fruité construit autour du cèdre de l'Atlas : de la cannelle et des épices en ouverture, un cœur de prune, de pêche, de fleur d'oranger et de violette, puis un fond de cèdre, de santal, de vanille et de benjoin. Il a été composé en 1992 par Christopher Sheldrake et Pierre Bourdon, sous la direction artistique de Serge Lutens.
Féminité du bois est-il réservé aux femmes ?
Non. Son nom raconte son histoire — faire naître un « féminin » d'une matière réputée masculine, le cèdre —, mais le parfum se porte aujourd'hui sans distinction de genre, comme la plupart des créations Serge Lutens. C'est sa densité boisée et fruitée qu'il faut aimer, pas une étiquette.
Quel Serge Lutens choisir pour l'automne-hiver ?
Féminité du bois pour la signature boisée et fruitée ; Chergui quand on aime le foin, le miel et le tabac ; Santal Majuscule pour la crème du santal ; Bornéo 1834 et Cuir Mauresque pour les soirs sombres. Tous se découvrent dans la collection Serge Lutens de la parfumerie Olara.







