Un tueur au regard impassible sur la frontière texane, un marin galicien qui réclame sa liberté face à la mer, un père aux abois dans les marges de Barcelone, une ombre peroxydée face à 007. Javier Bardem impose une présence qui traverse les frontières — celles des genres comme celles des pays. L'acteur n'est l'égérie d'aucune maison citée ici : c'est son univers, âpre et solaire, qui a librement inspiré cette sélection de la parfumerie Olara, autour d'Ambre Sultan de Serge Lutens, à retrouver dans la collection Serge Lutens.
1« No Country for Old Men » : Chigurh, la frontière du mal
En 2007, les frères Coen adaptent Cormac McCarthy : dans « No Country for Old Men », Javier Bardem joue Anton Chigurh, tueur méthodique qui remonte la frontière texane, une coupe au bol improbable et une pièce à pile ou face pour toute morale. Le rôle glace Hollywood et lui vaut l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle en 2008 — une première pour un acteur espagnol. Plaines brûlées, motels poussiéreux, silences de désert : c'est précisément ce paysage aride et solaire, celui de notre bannière, qu'évoque un grand ambre sec — et que cultivent nos parfums pour homme de caractère.
2« Mar adentro » : Ramón, la mer en héritage
En 2004, Alejandro Amenábar lui offre l'un des plus grands rôles du cinéma espagnol : dans « Mar adentro », Javier Bardem joue Ramón Sampedro, marin galicien devenu tétraplégique qui se bat pour disposer de sa propre vie. Vieilli de trente ans, immobile, l'acteur joue tout entier par le regard et la voix — la Coupe Volpi du meilleur acteur l'attend à la Mostra de Venise, avant l'Oscar du meilleur film en langue étrangère pour le film. La Galice, ses falaises et sa mer omniprésente rappellent que les plus grands sillages sont affaire de mémoire : ceux de nos parfums mixtes se portent, eux aussi, par-delà les frontières.
3« Biutiful » : Uxbal, Barcelone à fleur de peau
En 2010, Alejandro González Iñárritu le filme au plus près : dans « Biutiful », Javier Bardem joue Uxbal, père de deux enfants qui survit dans les marges de Barcelone et tente de mettre de l'ordre dans sa vie quand le temps vient à manquer. Loin des cartes postales, la ville y est rugueuse, fraternelle, bouleversante — et la performance, tout en retenue, vaut à l'acteur le prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 2010. De Madrid à Hollywood en passant par Barcelone, Bardem prouve qu'une présence n'a pas besoin d'éclats de voix : les parfums ambrés non plus, qui enveloppent sans jamais crier.
4« Skyfall » : Silva, l'ombre face à 007
En 2012, Sam Mendes lui confie le méchant le plus mémorable du Bond moderne : dans « Skyfall », Javier Bardem joue Raoul Silva, ancien agent devenu cyberterroriste, blondeur décolorée et sourire de prédateur, qui fait vaciller le MI6 tout entier. Face à lui, le 007 de Daniel Craig — auquel la parfumerie Olara a consacré un portrait parfumé autour de Grey Vetiver. Chez Bardem, même le mal a une élégance : une leçon de contraste que la parfumerie connaît bien, quand les résines sombres s'éclairent d'herbes de plein soleil.
5Ambre Sultan : le désert en flacon de Christopher Sheldrake
L'histoire commence en 1968 dans les souks de Marrakech : Serge Lutens y déniche un bloc de cire odorante, l'oublie dans une boîte de cèdre, puis le ressort un quart de siècle plus tard pour en faire un parfum. En 1993, Ambre Sultan ouvre ainsi l'un des chapitres majeurs de la Collection noire, composé par Christopher Sheldrake — le parfumeur complice de Serge Lutens, à qui l'on doit aussi le fondateur Féminité du bois. Son idée de génie : poser sur l'ambre un bouquet d'herbes séchées au soleil — coriandre, feuille de laurier, origan — comme un maquis craquant sous la chaleur. Dessous, les résines fondent lentement : labdanum, benjoin, baume tolu ; puis l'ambre s'étire sur la vanille, le santal et le patchouli, charnel sans jamais être sucré. Trente ans plus tard, il reste la référence des ambres — âpre et solaire, exactement comme les grands rôles de Bardem.
Le saviez-vous ?
Ambre Sultan est né d'un souvenir matériel : une cire parfumée chinée dans les souks de Marrakech en 1968, que Serge Lutens conserva vingt-cinq ans dans une boîte de cèdre avant d'en confier l'esprit à Christopher Sheldrake. Le parfum, lancé en 1993, a largement contribué à remettre l'ambre au centre de la parfumerie de niche.
6Quel Serge Lutens choisir ? La sélection Olara
Dans la Collection noire, chaque flacon est un personnage. Ambre Sultan reste le héros de cette sélection : l'ambre brut, ses herbes et ses résines, taillé pour les soirées d'automne. Chergui — du nom du vent brûlant qui souffle du désert sur le Maroc — joue une partition plus suave : miel, tabac blond et foin coupé, le crépuscule après la fournaise. Santal Majuscule arrondit le geste en santal crémeux frôlé de rose et de cacao, quand Féminité du bois, le cèdre fruité fondateur de 1992, rappelle que la maison n'a jamais cru aux étiquettes — un territoire exploré dans notre portrait de Florence Pugh. Les gourmands préféreront la vanille sèche d'Un bois de vanille, racontée dans notre article consacré à Juliette Binoche. Toutes ces eaux de parfum se portent sans distinction de genre : notre guide des concentrations aide à doser l'intensité, et les collections Serge Lutens et parfums mixtes de la parfumerie Olara prolongent la traversée.
On répond à vos questions
Javier Bardem est-il l'égérie de Serge Lutens ?
Non, et cet article ne prétend pas le contraire : il n'existe aucun partenariat entre l'acteur et la maison. Cette sélection est une inspiration éditoriale de la parfumerie Olara — nous avons choisi Ambre Sultan parce que son caractère âpre et solaire fait écho aux grands rôles de Bardem, pas parce qu'il en serait l'ambassadeur.
Dans quels films joue Javier Bardem ?
Il joue notamment Anton Chigurh dans « No Country for Old Men » des frères Coen — Oscar du meilleur acteur dans un second rôle en 2008 —, Ramón Sampedro dans « Mar adentro » d'Alejandro Amenábar — Coupe Volpi à Venise, Oscar du meilleur film en langue étrangère —, Uxbal dans « Biutiful » d'Alejandro González Iñárritu — prix d'interprétation à Cannes 2010 — et Raoul Silva dans « Skyfall » de Sam Mendes.
Ça sent quoi, Ambre Sultan de Serge Lutens ?
Un ambre oriental sec et résineux : des herbes aromatiques séchées au soleil — coriandre, laurier, origan — posées sur un cœur de labdanum, de benjoin et de baume tolu, puis un fond d'ambre, de vanille, de santal et de patchouli. Composé par Christopher Sheldrake et lancé en 1993, il est considéré comme l'une des références absolues de la famille ambrée.
Ambre Sultan est-il un parfum pour homme ou pour femme ?
Les deux : comme la plupart des créations Serge Lutens, Ambre Sultan est pensé sans distinction de genre. Ses herbes aromatiques lui donnent un versant volontiers masculin, sa vanille ambrée un versant enveloppant — c'est la peau qui décide. Il figure d'ailleurs parmi nos parfums mixtes.
Quelle alternative à Ambre Sultan chez Serge Lutens ?
Chergui, plus miellé et tabac, pour un oriental plus suave ; Santal Majuscule, plus crémeux avec son santal frôlé de rose et de cacao ; Féminité du bois, plus cèdre et fruité, pour un boisé souple au quotidien. Tous se découvrent dans la collection Serge Lutens de la parfumerie Olara.







